80 familles se sont engagées à rejeter moins de micropolluants dans l’eau © REGARD
Article/Interview

R.E.G.A.R.D. lance un défi à 80 familles pour réduire les micropolluants dans l’eau

Dans sa première phase, le projet R.E.G.A.R.D. avait permis de réaliser, sur le territoire de Bordeaux Métropole, un diagnostic intégré de la pollution des eaux urbaines par les micropolluants. « Famille EAU défi » fait partie de la 2ème phase : 80 familles se sont engagées à rejeter moins de micropolluants dans l’eau. Rencontre avec Sarah-Jane Krieger, Chercheur post-doctorante et Marion-Justine Capdeville, chargée de projet, au Lyre, centre Recherche et Développement de Lyonnaise des eaux.

Quel est l’objectif de « Familles EAU défi » ?

M-J.C. : c’est un travail sur les usages, les comportements. Nous avons travaillé avec des familles volontaires pour cerner leur capacité à agir sur la réduction des micropolluantsmicropolluantsPolluants ayant un impact à de très faibles concentrations dans l’eau et expérimenter des changements de pratiques sur des produits du quotidien rejetés dans les eaux usées. Une fois dans ces eaux, s’ils ne sont pas arrêtés par les stations de traitement, les produits finissent par se déverser dans les milieux aquatiques naturels avec des risques de pollution avérés. L’objectif du protocole, avec une vision pluridisciplinaire et multipartenaires, vise à identifier des leviers d’action généralisables à l’ensemble de la métropole bordelaise.

Vous avez recruté 80 familles volontaires…

S-J. K. : 80 familles ont en effet accepté de participer pour 6 mois environ. Nous avons procédé à quatre étapes et 43 familles au final ont participé à l’ensemble de l’expérimentation. Les participants ont tout d’abord répondu à un questionnaire qui nous a permis de caractériser leur rapport à l’environnement et leur degré de connaissances et de représentations sur l’eau, le profil sociodémographique… Ensuite, nous avons observé les pratiques réelles des familles via une application sur tablette développée avec Cap Sciences pour suivre la diversité des produits utilisés, la fréquence des pratiques, les quantités utilisées. Dans une 3ème phase, nous leur avons demandé de s’engager sur 2 changements de pratique (hygiène corporelle et entretien maison) pendant 4 semaines. Nous avons évalué ce changement avec la saisie des pratiques et produits dans l’application tablette et via un questionnaire, sur des questions de praticité, d’efficacité, de confort, de prix, d’estime de soi. Pendant toute cette période, nous avons également proposé aux familles des ateliers de sensibilisation, fabrication de cosmétiques, visite de station d’épuration, pour apporter des connaissances et afin qu’ils puissent faire leurs propres choix dans les changements. Enfin, les rejets de micropolluantsmicropolluantsPolluants ayant un impact à de très faibles concentrations dans les eaux usées ont été mesurés avant et après changement de pratiques. Seules 5 familles étaient éligibles à ce suivi en raison de nombreuses contraintes techniques (sécurité, accessibilité réseau). C’était un protocole de prélèvement quotidien inédit :  24h/24 pendant 7 jours sur 7, à l’échelle d’une maison.

Quel en est le bilan ?

M-J. C. : il s’agissait pour nous de comprendre quels étaient les motivations et les freins pour proposer des préconisations de solutions de réduction, socialement acceptables. Nous avons pu mesurer au sein d’une même famille les réactions face à cette possibilité de changement, le ressenti en terme de confort, de prix, d’efficacité, l’angle de sensibilisation (santé ou environnement). Les familles participant au défi, recrutées via différents réseaux, avaient au départ une sensibilité écologique et une proximité avec la nature sans connaître forcément le lien des impacts des micropolluantsmicropolluantsPolluants ayant un impact à de très faibles concentrations. Ce que l’on a pu constater dans les grandes lignes, c’est qu’ils ont finalement engagé non pas 2 mais plutôt 4 à 6 changements dans leurs pratiques quotidiennes. Quant aux prélèvements sur les 5 maisons, aux pratiques déjà vertueuses, nous n’avons pas noté de différences chimiques majeures mais nous allons prolonger l’expérimentation sur une maison où l’on a repéré du triclosan et mesurer si sa diminution donne des résultats immédiats ou pas. Fin 2019, nous allons clôturer l’ensemble du projet R.E.G.A.R.D.R.E.G.A.R.D.REduction et Gestion des micropolluAnts sur la métRopole borDelaise avec une exposition pour le grand public et une journée de restitution dédiée aux professionnels.

www.bordeaux-metropole.fr/Vivre-habiter/Connaitre-son-environnement/REGARD-Pollution-des-milieux-aquatiques