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Risques chimiques

Pestiriv confirme que les riverains des zones viticoles sont plus exposés aux pesticides

Publié le 17 octobre 2025
Santé publique France et l'Anses réalisent l'étude PestiRiv qui vise à décrire la contamination des milieux et l'imprégnation des personnes vivant en zones viticoles (près de vignes) par les pesticides utilisés sur ces cultures.

Santé publique France et l'Anses réalisent l'étude PestiRiv qui vise à décrire la contamination des milieux et l'imprégnation des personnes vivant en zones viticoles (près de vignes) par les pesticides utilisés sur ces cultures.

Très attendues, les conclusions de l’expertise inédite menée par Santé publique France et l’Anses ont été révélées le 15 septembre. Il s’agit de la première enquête à mesurer objectivement l’exposition des riverains aux pesticides. Oui, vivre près des vignes augmente l’exposition aux pesticides : une confirmation sans surprise plus qu’une révélation.

Le choix de la viticulture ne devait rien au hasard. D’abord, parce qu’il s’agit de l’une des cultures qui recourt le plus aux pesticides, tant en fréquence qu’en quantité. Ensuite, parce que 4% de la population française vit à moins de 200 mètres d’une parcelle. Mais peu de données existaient à ce jour sur l’exposition de ces riverains.

Pour pallier ce manque de données, les deux agences ont consacré d’importants moyens à la mise en œuvre du protocole, comme en témoignent les 11 millions d’euros consacrés à l’étude. 265 sites, répartis dans six régions viticoles dont la Nouvelle-Aquitaine, ont été analysés dans le cadre de PestiRiv.

265
Sites analysés
2 750
Personnes interrogées
Cette étude est inédite par le nombre et la diversité des échantillons collectés conjointement : air ambiant, air intérieur, poussières déposées au sol, urines, cheveux, fruits et légumes du jardin.

Au total, 56 substances, comme le folpel et le cuivre pour les fongicides, le glyphosate pour les herbicides, les pyréthrinoïdes pour les insecticides ont été mesurées dans l’air et les poussières à l’intérieur des habitations, ainsi que dans l’urine et les cheveux des participants des deux groupes (un groupe « riverain » constitué d’individus résidant à moins de 500 mètres d’une vigne et un groupe de comparaison, éloigné de toute culture).

En parallèle, un questionnaire sur les habitudes de vie, l’alimentation et l’usage domestique de pesticides a été documenté. Près de 2 000 adultes et 750 enfants ont participé à cette étude sur deux périodes (d’abord entre octobre et février 2022, puis entre mars et août 2022, soit pendant la période de traitement des vignes.).

Les résultats montrent par ailleurs que plusieurs facteurs en lien avec les pratiques agricoles, la dispersion des polluants dans l’air ambiant et les pratiques domestiques (caractéristiques du logement, habitudes et modes de vie) ont une influence probable sur l’imprégnation des riverains de vignes.

Si les résultats ne faisaient guère de doute, ils sont désormais difficilement contestables. Ces travaux confirment que les personnes vivant à proximité des vignes, en particulier les jeunes enfants, sont surexposées à une diversité de substances active.

La contamination en zone viticole par rapport aux zones éloignées de toute culture montre une augmentation de 15 à 45 % de substances dans les urines et l’augmentation de la contamination des poussières varie selon les substances de quelques pourcents à plus de 1 000 %, celle de l’air ambiant est 12 fois supérieure. Les jeunes enfants ont des concentrations en polluants plus élevées dans leurs urines.

Si les niveaux observés restent dans les marges réglementaires, les agences appellent à réduire au strict nécessaire l’usage des produits phytopharmaceutiques, plaidant pour une mise en œuvre « ambitieuse » de la stratégie EcoPhyto 2030, qui vise à réduire les usages et à mieux informer les riverains. Bien que ce ne soit pas l’objet direct de l’étude, elle pose naturellement la question de l’impact sanitaire. « Cette étude ne fournit pas d’information sur l’état de santé des populations » mettent toutefois en garde les représentants de l’ANSES* et de SPF lors de la conférence de presse « l’objectif est exclusivement de mesurer l’exposition aux pesticides, et non d’en évaluer les effets. »

PestiRiv ne remet pas en cause l’autorisation des produits actuellement utilisés mais souligne l’urgence de mieux contrôler les pratiques et de limiter les expositions. L’étude ne dit en effet rien des risques sanitaires qui pèsent sur les populations exposées aux produits phytosanitaires, mais se borne à dresser un constat. Les résultats de PestiRiv alimenteront la base Green Data for Health (GD4H) et seront mis à disposition de la communauté scientifique.

Les agences prévoient d’aller plus loin pour étudier les liens entre expositions et effets sanitaires, en croisant les données PestiRiv avec celles des études de toxicité des substances ; approfondir la compréhension des mécanismes d’exposition et définir des niveaux biologiques associés à un risque et décrire les co-expositions (plusieurs substances et autres facteurs de risque) dans une approche « exposome ».

Vous souhaitez en savoir plus sur cette thématique ?

Consultez le site Agir-ese.org, des ressources pour agir en Éducation et promotion de la Santé-Environnement.

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